CR camp Berger 2017 – tu as sorti la poubelle ?

du 02/08 au 06/08/2017 | Méaudre / Engins / Pont-en-Royans (38 - Isère) | France

Début 2017, Bruno, le président du club d’Anaïs, la lance sur le camp Berger 2017. C’est le genre de troc que tu peux pas refuser; un équipement jusqu’à -1000m offert contre le transport de quelques poubelles le plus prêt de la surface. Il parait qu’il reste 2 tonnes à sortir, c’est dire si les explorations successives ont laissé des traces autres que scientifiques ou cinématographiques…

Qu’à cela ne tienne, j’avais émis l’idée d’y aller l’année dernière, pif paf pouf, en moins de temps qu’il  n’en faut pour monter au Folly, nous sommes inscrits et le camping est réservé du 2 au 5 août avec descente possible le 3 et 4. C’est comme ça qu’ils gèrent le trafic des 270 inscrits à ce camp dépollution du gouffre Berger.

Anaïs et moi arrivons au camping les Buissonets à Méaudre, mercredi, en milieu d’après midi. À peine arrivé, avant que nous puissions nous enregistrer sur le camp, l’apéro est servi. Pas de souci, j’ai tous les niveaux dans ce domaine. Dieu me bénit d’avoir ramené du Ricard, l’enregistrement et les consignes de sécurité que je connais par cœur se font autour d’un cassissas gravas (aussi appelé canisse apparemment). Fraisouille qui a touché le fond la veille, avec Dino (67 ans !) et Chloé nous donne plein d’informations sur les conditions d’eau. Nous n’aurons pas besoin d’embarquer de néoprène ou de seconde sous combinaison, parfait pour la légèreté que je visais.

Connaissant bien les dérapages temporelles des grosses sorties, j’opte pour une sortie repérages/poubelles à la base des puits (-256m), le jeudi 3, avant d’envoyer le -1000m vendredi 4. Fraisouille, apparemment pas assez haché par sa sortie de la veille, refera volontiers les 40min de trajet, l’heure de marche d’approche, les puits et méandres du début. Bruno, crevé et bloqué par le boulot suite aux intempéries dans l’Ain, nous rejoint en début de soirée où nous lui exposons le plan.

Jeudi 3, le temps est clair, mais la brume est présente, phénomène récurrent sur les camp spéléos, surtout quand c’est le dernier soir du Dav’ :-P. Cela allonge la préparation et partons à 11h30 du camping, direction la Molière. Sur la marche d’approche, Fraisouille fait le guide, « sur votre droite l’entrée de la fromagère », « sur votre gauche un tout petit scotch rouge pour pas se perdre », « sur votre droite, des framboises qui n’étaient pas mûres il y a deux jours ». 50 minutes, quelques bouts de scotch et des cairns plus loin, nous voici à l’entrée du gouffre Berger. Vu l’heure, nous mangeons, nous nous équipons et c’est parti ! Puits Ruiz, puit du Cairn, méandres/ressauts, pour finir avec le puit Garby et le puit Aldo, équipés en double pour plus de plaisir. Après un aperçu de la grande galerie (ouach ! c’est grand effectivement), le conditionnement des quelques poubelles restantes au point poubelles #1, dans les kits prêtés par le camp à cet effet, je fais un point chrono dans ma tête. C’est pas bon, 1h40 au lieu des 1h annoncé sur la fiche des temps normaux (20h45 sans pause). Je ne me connais pas au delà de 24h (marche approche/retour comprise), compte tenu des expériences de longues sorties de mes co équipiers et en faisant un simple règle de trois, il faut revoir l’objectif à la baisse. j’y réfléchis looooonguement à la remontée. Cette remontée est du même acabit, moyennant les check lapin sur corde, puis check moustique, check poulpe et les séances photos à thème débiles pendant l’attente. L’allée/retour à -256m nous a pris 5h30. Après avoir laissé nos baudriers/combis sur place, la marche de retour se fait au reflet des scotch light. Dans la voiture, nous parlons efficacité de progression, connaissance de ses limites sans dormir avant d’arriver au camping à 23h, pour déposer les poubelles remontées. En dînant, je leur soumet ma réflexion, un objectif plus réaliste; les Coufinades (~ -700m). Mais Bruno, crevé en arrivant, crevé en sortant du Berger, décide de ne pas nous accompagner et rentrera chez lui le lendemain matin. D’accord, nous descendrons jusqu’aux Coufinades en amoureux.

Vendredi 4, avec le retour tardif, nous ne sommes finalement pas d’attaque avec Anaïs pour remettre le couvert et décidons de nous faire une journée détente. Fraisouille nous accompagne pour un restaurant en terrasse à Pont-en-Royans, puis une baignade/escalade dans la rivière en contrebas, avant d’aller profiter de la réduction de 18% offerte par expé aux participants du camp. L’achat d’un plus grand sac à dos pour Samoëns et autres activités de montagne se concrétise enfin, avant de refaire un apéro international (Luxembourgeois, Américaine, Canadien, Jurassien, Bressane, Breton :-D), de préparer les sacs pour le lendemain et de mettre le réveil  à 7h.

Samedi 5, hop hop hop, y’a spéléo aujourd’hui, Anaïs et moi sommes taquets. Ou presque vu que le réveil était mal programmé pour dimanche… Nous nous réveillons naturellement à 8h et nous nous activons pour rentrer dans le trou à 11h, après la rencontre avec 3 photographes/vidéastes qui vont dans la même zone que nous. Nous avalons les puits plus rapidement que la veille, malgré un bidon étanche s’essayant au rôle de coinceur. Nous tenons le chrono sans problème jusqu’au camp à -494m, en passant par la galerie Petzl, le lac Cadoux et le grand éboulis. Le parcours, facile comme la zone d’entrée, est parsemé de superlatifs, c’est immense, c’est magnifique, nous sommes minuscules. Ce gouffre n’est pas juste mythique par sa primauté kilomètrique !

Nous croisons un groupe d’espagnols qui aura passé 30h sous terre (!), un bon samaritain qui arrête sa mission bénévole de transit entre points poubelles de 2 jours, pour cause de fatigue, puis discutons avec le président de l’EFPS en goguette.

Note pour plus tard, si vous espérez une pause repas courte, il ne faut pas utiliser des sacs étanches comme oreiller dans les campements déjà 5* comme au CP16. 1h30 plus tard nous repartons vers notre objectif. Les superlatifs reprennent tout de suite après le point poubelle #3, dans la salle des 13. C’est un autre gouffre, plus de cailloux, que des gours et des coulées de calcite. La progression passe la seconde, mais peu de temps, puisque c’est juste derrière que nous nous arrêtons. Un dernier coup de crache lumens et nous entamons le retour. Nous recroisons nos camarades photographes/cinéastes. Par élimination, nous nous arrêtons au point poubelles #3 et je me charge autant que possible, décidé à faire une bonne action à défaut d’avoir touché le fond. C’est putain de lourd, mais vu la gouache que je tiens, je finirai par les ramener jusqu’au parking, en plus d’une bonne partie du sac d’Anaïs ! Anaïs peine après une glissade dans le grand éboulis, qui a réveillé des douleurs dans un genou et une épaule . Les derniers puits sont durs malgré les encouragements et les reprise de chansons avec paroles spéléos débiles (« put your ascender in the air, push your footloop toward the floor »). Nous rallumons le réchaud pour dîner après 11h30 sous terre, sur les lapiaz Vertcomicorien du gouffre Berger. La marche de retour se fait au ralenti, Anaïs s’endort dans la voiture, fourbue, mais ravie d’avoir vécue cette expérience du grand. Nous arrivons au camping à 2h du matin.

Dimanche 6, nous sommes réveillés à 8h30 par le bruit ambiant. Cette nuit à un goût de trop peu. Nous devons décarrer à 11h. Laaaaaaarge ! Nous lisons le mot laissé par Fraisouille, parti bien tôt, prenons un café avec des amis Franciliens revenus du fond du Berger, transmettons le point sur l’état des cordes demandé par Rémi en même temps que les poubelles remontées et zou, retour à la maison !

Quelques photos ont été prises jeudi 3 par Sandro Alcamo alias Fraisouille du SC EPIA : http://dom.hexecho.net/~carx/2017-08-03_Berger/

Plus d’informations : Camp Berger 2017 – Tu as sorti la poubelle ?

P.S. : les dernières lignes du livre Opération -1000 (merci Marie-France) :

« Lundi matin, au petit jour seulement, un à un, les yeux cernés, barbus, salés, déchirés, les hommes se hissent hors du gouffre. Dehors, il pleut. Le brouillard rampe et se déchire sur la crête des sapins. mais qu’importe ! Dans l’âme des vingt et un camarades, maintenant réunis autour d’un brasier, gronde la même joie. Pour nous, malgré la brume, le soleil brille, l’azur est sans fin. La vie est belle, pour ceux qui savent encore la vivre. »

TPST : 17h

Participants à l'activité

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