La petite trotte à Léon (PTL) édition 2018

du 27/08 au 02/09/2018 | Chamonix (74 - Haute-Savoie) | France

C’est à chaque fois la même histoire! Après en avoir bavé, sué, transpiré, juré qu’on ne nous y reprendrait plus, que la vie c’est autre chose et qu’il y en a marre de ces cailloux , quelques semaines passent, le corps oublie, la mémoire embellit les souvenirs et un timide mail finit par atterrir dans nos boites aux lettres pour savoir si , par hasard hein, juste comme ça une idée, on se referai pas la PTL l’année prochaine? Je crois que c’est en quelques minutes que les réponses ont fusées, comme si chacun de nous trois n’attendait que ça! Et comment qu’on s’y recolle! et cette année ça sera grandiose les gars, plus question de refaire les erreurs de l’an passé. Voici comment Clément, Laurent et moi nous sommes ré-embarqué dans ce voyage de fous.

Il faut savoir que s’inscrire à la PTL ce n’est pas que passer une semaine à suer dans les montagnes, c’est avant tout 6 mois de préparation, d’entrainement et de reconnaissances. Ces moments sans tension sont peut être même les plus agréables a posteriori. tel ce weekend ensoleillé dans le Beaufortain où nous avons retrouvé nos amis de l’équipe suisse dans le  secteur du désert de platé. Une reco mémorable pleine de bonne humeur et de camaraderie.

Je ferai ici mon recit personnel de cette aventure hors norme, l’épreuve si elle est par essence et par définition collective se vit autant au cœur de soi pendant ces 150 heures de jour et de nuit. C’était encore plus vrai pour ce qui me concerne cette année.

Une semaine avant le départ un drame me tombe dessus : mon fils aîné Alban fait une rechute d’un cancer et est hospitalisé d’urgence. Je reste à son chevet jour et nuit , la maladie est très agressive, déjà diffuse, Alban garde un moral d’enfer et sa situation semble se stabiliser…Je ne sais trop que faire? dois je annuler la course et rester auprès de lui? Renoncer ne va t’il pas le culpabiliser de m’empêcher de réaliser ce projet qu’il sait que je prépare depuis si longtemps, de l’autre côté si je pars c’est moi qui vais culpabiliser de le laisser pour un résultat aléatoire au vu du manque de sommeil et du stress accumulé … je lui en parle et il me dit qu’il serait fier que je termine, j’hésite jusqu’au dernier moment puis décide l’avant veille du départ de courir pour lui. Comme un défi lancé au crabe je veux aussi souffrir et vaincre. C’est décidé je prendrai le départ, je confectionne des affiches appelant au don pour la recherche contre le cancer et mes compagnons acceptent de me soutenir dans cet appel.J’imagine raisonnablement m’écrouler de fatigue après les 2 premières nuits blanches passées à courir et je préviens les autres que j’arrêterai vraisemblablement à la première base vie au 106e km.

Je les rejoins donc la veille du départ à Chamonix, la ville fourmille de coureurs et on retrouve des connaissances à chaque coin de rue. Malgré ma concentration et les tristes pensées qui encombrent en permanence mon esprit je suis content de revoir tout ces amis rencontrés lors des éditions précédentes (cette année c’est la 5e pour Laurent, la 3e pour moi et la 2e pour Clément)

Le départ le lundi matin est l’une des rares occasions de courir, pas longtemps vu qu’on attaque le parcours du kilomètre vertical à l’aplomb du téléphérique…La course est découpée en 3 tronçons de 100km environs séparés par 2 bases vie où nous retrouvons les sacs « suiveurs » qui vont nous permettre de nous changer (toute forme d’assistance est interdite en dehors de ces 2 endroits) Entre 2 bases vie nous pouvons quand même manger et nous reposer dans l’un des 10 refuges partenaires disséminés sur le parcours. Comme l’an dernier notre stratégie de course consiste à ne pas s’arrêter la première nuit afin d’atteindre la première base vie « d’un seul trait » et de pouvoir s’y reposer au moins 4 heures. Cette première partie qui nous fait passer en suisse puis redescendre en Italie va nous prendre 2 jours et une nuit et demi et s’avérera très difficile, voire sélective. Un parcours très technique avec des passages hors sentier, beaucoup de pierriers de toute taille, des pentes glissantes et raides, des passages équipés en fixe, d’autres avec des cordes, d’autres…sans rien! et toujours du vide et des crêtes, plus l’obscurité pour les passages de nuit. Et du dénivelé comme s’il en pleuvait! J’ai dessiné un petit croquis qui donne une idée de ces ascensions interminables:

A la fin de cette première étape qui nous a quand même mené sur des points de vue magnifiques comme ici au col Ferret,

nous finissons par une via ferrata sur un mont dont le nom ne trahissait pas la difficulté puisqu’il portait l’innocent « Chetif » en patronyme…enfin au chaud nous eurent droit à plus de 10h de repos; les bénévoles avaient pris fait et cause pour notre équipe et connaissant ma situation m’encourageaient tant et si bien que je me décidais à continuer.

La deuxième section nous vit affronter les pires conditions météo avec des orages, du brouillard et du froid conjugués à une fatigue grandissante.

L’arrivée à la deuxième base vie a fait un bien fou! les amis et la famille étaient venus nous soutenir et nous regonfler le moral pour le dernier tiers. Le timing était serré et nous devons partir après 3 heures pour ne pas risquer de se trouver bloquer par les ultimes barrières horaires (cette année l’organisation ne fera pas de cadeau!)

Quelques micro siestes sur les bords de chemins plus tard nous affrontons les dernières difficultés avec le col des Aravis , le fameux trou de la mouche

les arrêtes sans fin

et toujours les cailloux

Puis nous retrouvons un terrain connu, le désert karstique de Platé et ses escalades sur dalles givrées, la montée du Brevent qui fut un vrai calvaire pour moi (Clément a même sorti l’élastique!) et enfin la descente libératrice sur Chamonix.

Pendant toute la course j’ai puisé mon énergie dans cette affiche d’Alban, souriant malgré sa chimio , agrafée sur le dos du sac de celui qui me précédait.

16h30 Dimanche : ça y est c’est fait, nous avons chacun notre cloche PTL 2018 et nous l’agitons en un vacarme joyeux sur le podium qui rassemble tous les finishers.

J’en tiens exceptionnellement deux dans ma main : une bénévole m’a donné sa cloche pour que je la remette à Alban. Quelques jours plus tard il aura le plaisir et la fierté de la tenir dans sa main. Malheureusement la médecine s’avouera impuissante et malgré toute sa volonté il s’endormira pour son dernier sommeil dans la nuit du mardi 4 septembre.

Je ne remercierai jamais assez Clément et Laurent à qui je n’ai pas facilité la tâche et qui m’ont écouté,encouragé, guidé, tiré, porté presque, pour m’aider à franchir cette ligne d’arrivée dans les temps. Je remercie aussi tout particulièrement mon ami Laurent Chalvet qui a pris le départ le lendemain pour courir la Swiss Peak (une autre course de fous) en portant la même affiche d’appel au dons.Je suis vraiment chanceux de les avoir pour amis!

https://www.facebook.com/laurent.tarazona/videos/2069729499763197/

152h

Participants à l'activité

Frédéric AFrédéric A.
Clément BClément B.

4 commentaires sur “La petite trotte à Léon (PTL) édition 2018

  1. Magnifique récit Fred! Ce fut une édition relevée et empreinte d’émotions. Tu as fait preuve d’un sacré courage et les termes de camaraderie et esprit de cordée revêtent ici une signification particulière. Merci d’avoir partagé cette PTL avec vous les Vulcains. Vous êtes de belles personnes et j’espère avoir la chance de vous revoir sur les sentiers. Mes pensées vont vers Alban et Judith et toi ainsi que tous vos proches et familles. Amitiés et salutations sportives.

  2. Le courage est une vertu qui permet d’entreprendre des choses difficiles en surmontant ses hésitations, et en affrontant le danger, la souffrance, la fatigue.
    Dans ton cas Frédéric, c’est encore plus vrai!!
    Merci et bravo.

  3. Je vous ai souvent rencontré tout au long de la semaine en tant que bénévole, et je vous attendez avec impatience.
    Bravo, mais le mot n’est pas assez fort, pour ton courage et l’image de votre équipe que vous avez montré toute la semaine.
    Vos cloches sonneront longtemps.
    Michel Bénévole sur les passages délicats de la PTL 2018.

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